où les santiags sont ferrées et la radio crachouille

La marquise, qui n’était pas sortie de son appartement depuis que la veille, à dix-sept heures etc., descendait l’escalier en compagnie de l’inspecteur envoyé par Lognon, terriblement déçue de n’avoir pu mener plus loin ses investigations informatiques, ruminant des pensées mauvaises dont nul ne sera surpris au vu de l’éducation reçue dans son enfance, du choc soudain de son récent veuvage, de la disparition de sa domestique, de la visite d’un privé buveur de Suze qui aurait pu, mais finalement non, s’intéresser à Yann-Erwann, d’un coup de téléphone du commissaire Lognon en personne lui annonçant la découverte sur le cadavre d’une inconnue d’une bague aux armoiries de la famille de La Bôle, susurrant à ce sujet entre ses lèvres pincées par l’habitude et serrées par le stress que chez les Saint Nazère jamais pareille mésaventure n’eut été possible, se reprochant à mi-voix, sans pour autant se faire retourner l’inspecteur qui la précédait, trop occupé à faire résonner dans l’escalier les talons ferrés de sa paire de santiags, sa trop faible maîtrise des technologies informatiques : un simple transfert sur clé USB eut suffi, mais maintenant il était trop tard, inutile de se lamenter, le collectif Burma enverrait peut-être l’un de ses sbires et alors… C’est ainsi que, perdue dans ses pensées, la marquise prit place dans la voiture banalisée qui stationnait en bas de chez elle telle une automate, effectuant le trajet jusqu’à la morgue sans prêter attention à rien, ne s’intéressant pas même à la radio qui, entre deux crachouillis, distillait sa poésie noire et quotidienne, ne s’inquiétant même pas d’aller jeter un œil au cadavre d’une inconnue avant même d’avoir pu se recueillir devant la dépouille de son défunt mari. Ce qui, sans vouloir jouer les philosophes aux sentences définitives (car là n’est pas le propos : nous narratons, nous narratons), tendrait à prouver que, décidément, toutes ces histoires de flics et de voyous sont bien peu morales…

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5 Réponses to “où les santiags sont ferrées et la radio crachouille”

  1. détruisez ce commentaire après l’avoir lu auteur, si vous m’en croyez : c’est la radio qui « distillait sa poésie » et non les crachoullis; à Lognon, il manque un n plus haut; pour son prénom j’en ai trouvé un hongrois (ou hongre, je ne sais) Juska : c’est pas mal, je vous l’offre (j’essaye à nouveau d’en trouve un autre à faire figurer devant…)

  2. ces histoires de flics et de voyous sont parfaitement dégueulasses oui…! si çan se trouve c’est même pas Vanessa qui repose quai de la Rapée (c’est dans le 12) (non vraiment, ne pas éteindre l’ordinateur, quelle bévue) (c’est bien d’une marquise, ça, tiens !) (faire remonter un peu l’ostracisme du peuple à l’égard de l’aristocratie) (riche en plus, et quoi d’autre ?) (et pas de textos de Yé sur son smartphone à cette Emma ? y fait quoi, Yé, maintenant encore ? boit du chouchêne ou du cidre en mangeant des crêpes on va supposer…) (c’est bien des bretons, ça)

  3. héhé, marrant ce polar, un brin frappé, ça se boit comme une vodka bien fraîche. Cul sec.
    Bon, je prends l’histoire en route et comprend que dalle mais ça me plaît.

  4. mais je ne comprends pas, suis plébéienne et primaire, pourquoi Emma tient à charger André (pour se justifier ?) au lieu de penser, tout simplement, que Vanessa a volé la bague et d’aller vérifier les écrins et tiroirs

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