où le privé s’en va, nous laissant dans l’expectative

La marquise, chronologiquement sortie la veille à dix-sept heures, devenue veuve, défoncée aux tranquillisants, réveillée seule dans un appartement dénué de bonniche, confrontée non sans angoisse à un projet de petit déjeuner à réaliser sans aide aucune, et enfin confrontée au discours abracadabrantesque d’un privé amateur de Suze matinale, ne trouva pas la force de réclamer de plus amples informations au sujet de ce mystérieux collectif Burma qui, sans cesse, était revenu dans la bouche d’Alfonsi. Et pourtant, il serait bientôt trop tard! Le privé, en effet, s’était brusquement levé de son fauteuil et se dirigeait d’un pas décidé vers le vestibule, répétant, l’index de sa main droite pointé vers le plafond et le regard étrangement fixe : « Une affaire personnelle, vous m’entendez ? Une affaire personnelle !…» Manque d’à propos, surprise ou même peur devant un comportement aussi étrange et imprévisible, Emma demeurait muette, se contentant de suivre à une distance raisonnable cet individu fantasque dont elle ignorait jusqu’à l’existence à peine une heure plus tôt. Alfonsi, qui déjà entourait la poignée de la porte d’entrée de ses doigts jaunis par la nicotine et agités d’une légère tremblote (était-ce le manque de sommeil ? l’énervement soudain ? ou un rallumage de chaudière insuffisant ?), se retourna sans crier gare, frappant son front à l’aide de la paume de sa main droite (qui conséquemment avait quitté la poignée de porte) et s’exclamant tel un Pierrot lunaire enfin revenu à la réalité (même si, je vous l’accorde, on imagine difficilement un Pierrot lunaire revêtu d’un imperméable aussi crasseux…) : « Ah ! M’dame la marquise, excusez-moi, mais j’allais oublier : voici ma carte. N’hésitez surtout pas à m’appeler ! » Emma prit le morceau de carton aux coins légèrement racornis et lut, tandis que se refermait la porte d’entrée et qu’on entendait déjà les pas d’Alfonsi dans l’escalier : Dominique Alfonsi, Agence fondée en 1949 / Recouvrements de créances, filatures et autres investigations privées. Suivait un numéro de portable que la marquise se pressa d’enregistrer sur son mobile mais que nous ne donnerons pas, ceci afin de préserver la tranquillité de celui ou celle à qui ce numéro a été depuis réattribué. Mais à peine Emma avait-elle reposé son téléphone portable que retentissait, dans l’ancien bureau d’André, la sonnerie du fixe.

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3 Réponses to “où le privé s’en va, nous laissant dans l’expectative”

  1. On peut savoir pourquoi le numéro de portable de Doumé a été réattribué ? C’est quoi, ce bazar ? Tout comme l’adjectif en droite ligne de la chiraquie, ce n’est pas très élégant (sauf à subodorer un gaullisme usé, frelaté pour ne pas dire moisi, dont Alfonsi pourrait se prévaloir en tant qu’opinion politique ? – alors qu’il est de notoriété plus ou moins publique que son père faisait partie de l’organisation armée secrète, hein) (un petit logo R majuscule entouré d’un cercle ferait l’affaire, au moins). Dans le même esprit, les agissements du collectif sont-ils en rapport avec la visite privée du sultan Hassanal Bolkiah (qui est descendu comme à chacune de ses visites au Plazza, qui lui appartient, tout le monde sait ça – pfttt un tour chez Cartier, un autre chez Dior, pfttt direction Saint Trop) ou avec l’escapade non moins privée du directeur de l’énergie atomique de Norvège (incognito, avec sa maîtresse Liv) qui, pour l’heure, reçoit la pédégère d’Areva dans sa suite du Crilllon (où il offre d’ailleurs un ptit dèj que la marquise aimerait, je suppose, partager) ? On se perd en conjectures…

    • OAS? SAC? parce que, avec la piste corse en arrière-plan, on pourrait se demander… à moins que tout ça n’est rien à voir avec ce mystérieux collectif dont on ne sait toujours rien… de même qu’on ignore toujours où se situe l’agence d’Alfonsi: une agence de privé sans adresse, tout se perd! à moins que…

  2. Ce n’est pas plutôt du SAC, dont le père de Dominique Alfonsi était un sbire ? Si l’adjectif trahit une lignée chiraco-gaullienne…

    (Je me mets enfin à suivre ce feuilleton que je n’avais fait que survoler jusqu’à présent.)

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