où l’on aurait pu aimer en apprendre davantage sur le collectif Burma

La marquise avait beau être sortie la veille à dix-sept heures, cela n’empêcha aucunement Alfonsi d’allumer une nouvelle cigarette en attendant qu’elle lui amène un coup à boire, ne se souciant nullement de son innommable goujaterie, trop préoccupé qu’il était par l’absolue et impérative nécessité de rallumer la chaudière au moyen d’un grand verre de Suze, rituel que d’aucun qualifierait d’addiction mais qui, pour notre détective, constituait, comme pour d’autres un grand bol de café noir, l’infaillible signe qu’une nouvelle journée commençait, le rappel que devant lui s’offrait en gros deux dizaines d’heure où l’amertume et l’écœurement viendraient vite effacer la légère euphorie que procure la sensation de se réveiller encore en vie. Son breuvage avalé, sa cigarette fumée et la marquise de nouveau assise face à lui dans un fauteuil, Alfonsi se racla la gorge aussi discrètement qu’il put : « Je sais que le moment n’est sans doute pas le mieux choisi, mais je vais devoir, dans un premier temps, vous dévoiler quelques aspects de la vie de votre mari qui, jusqu’alors, vous étaient demeurés totalement inconnus, et ce, je tiens à bien le préciser encore une fois, afin de ne pas vous exposer à de graves dangers. En sa qualité d’ancien ambassadeur itinérant, puis de conseiller de la Présidence, il a, comme vous le savez, noué de nombreux liens, parfois même personnels, avec de nombreuses personnalités essentielles du pays. Des huiles quoi, comme on dit ! (Vous remarquerez la difficulté du privé à conserver dans la durée un langage de qualité…) Et, bien qu’ayant cessé toute fonction officielle, il arrivait, de temps à autre, que l’on fasse appel à lui pour des missions quelque peu particulières. Des missions qui avaient toutes un point commun : juguler les actions de groupuscules activistes, voire même terroristes, susceptibles de mettre en danger le pays tout entier, et principalement ses institutions. C’est tout du moins ce que m’a confié votre mari au fur et à mesure que se déroulait mon travail de surveillance de votre domestique, Vanessa. J’avais, en effet, effectué quelques découvertes qui m’emmenaient bien au-delà de ce à quoi j’avais pu m’attendre, lorsque monsieur le marquis a sollicité mes services. Pour faire simple, parce que bon, si on voulait entrer dans les détails et les finesses, on n’en aurait pas fini de sitôt !… Bref, il se trouve qu’après différentes filatures dans Paris et sa banlieue, j’ai pu établir avec certitude que ladite Vanessa fréquentait plusieurs membres du collectif Burma. Pas moins ! Alors, rendez-vous compte : connaissant ces liens existant entre ce groupuscule et votre domestique que votre mari m’avait demandé de surveiller, ayant, de plus, en mémoire, les activités passées et récentes de monsieur le marquis, et apprenant enfin la mort de celui-ci dans un accident aux circonstances plutôt étonnantes, alors que le jour même votre domestique, ladite Vanessa, quitte son service plus tôt que d’habitude et parvient à me semer en me faisant le coup de l’immeuble à deux entrées… la première fois que ça m’arrive, ça, la première fois… et en vingt ans de carrière, en plus !… oui, madame, la première fois !… Alors vous pensez bien, que sécurité de l’Etat ou pas, j’en fais une affaire personnelle, moi de la Vanessa et de toute cette bande de zigotos mystico-révolutionnaires du collectif Burma !… Une affaire personnelle, vous m’entendez ? Une affaire personnelle !…»

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5 Réponses to “où l’on aurait pu aimer en apprendre davantage sur le collectif Burma”

  1. On ne s’attend pas non plus à une extrême joliesse d’élocution de la part d’un type qui boit de la Suze (ceci dit sans vouloir vous offenser) (avec un prénom pareil, c’est certain que ladite femme de chambre dissimulait, on aurait pu/du s’en douter) (l’immeuble à double entrée fait penser à Belmondo dans A bout de Souffle – rue de Washington-Champs Elysées , si je ne m’abuse) (un autre au 53 du boulevard Beaumarchais vers la rue des Tournelles, Paris 3) (non loin de chez l’ami Pierrot)

    • il y aurait sans doute beaucoup à dire sur l’incidence qu’a la Suze sur l’élocution; pourquoi pas se lancer dans une étude comparative, du style « de l’incidence de diverses boissons alcoolisées sur le processus élocutoire », ça aurait de la gueule non?

  2. Un petit peu, oui… En même temps, j’ai goûté une fois ce breuvage un peu pisseux si vous voulez bien excuser l’adjectif trivial, sans doute, mais tellement adapté, et je n’ai jamais recommencé (Izarra aussi, j’ai pas mis la crème de café barneys ou quelque chose je ne cherche même pas : des horreurs). En tout cas la marquise a bien calculé l’Alfonsi, pas à dire, toute défoncée qu’elle puisse être après cet abus de trungsène (?) lexomil ou temestat (une vraie pharmacie, mais pour l’orthographe… juste comme ça…)…

  3. […] ratée de Vanessa Aldobrandi. Sans doute le privé à la triste allure revoyait-il à ce moment l’immeuble à double entrée grâce auquel Vanessa était parvenue à se volatiliser, et, remontant encore plus loin dans le […]

  4. […] toute responsabilité. Si nous avions, en effet, choisi de surveiller ses agissements afin de mieux contrer les plans machiavéliques dont il avait la charge et qui étaient destinés ni plus ni moins à nous anéantir, nous […]

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