où les cendres d’une cigarette tiennent une place peut-être démesurée

La marquise qui, la veille, à dix-sept heures, était sortie (ou tout du moins c’est ce qu’elle prétend, et sans même qu’on sache pourquoi et comment, car, vous l’aurez remarqué, aucune information, jusqu’à présent, ne nous a été communiquée à ce sujet, ce qui, sans gêner la lecture, éveille néanmoins chez le lecteur une attente d’éclaircissement bien compréhensible, sinon des soupçons quant à la véracité du propos, eux aussi tout aussi justifiés…), avait écouté avec la plus grande attention les révélations d’Alfonsi, les yeux rivés sur la cigarette que le privé tenait entre le l’index et le majeur de sa main droite, et dont la cendre sans cesse menaçait de tomber sur le tapis persan, comme hypnotisée. Ce n’est qu’une fois prononcées les dernières paroles du privé concernant le mystérieux collectif Burma, et alors même qu’elle poussait un énorme soupir de soulagement, que ladite cendre se décida enfin à dégringoler en une fine pluie grise. Emma était rassurée : si le défunt marquis avait eu recours aux services d’un détective, et ce en secret, du moins sa démarche semblait n’avoir aucun lien avec Yann-Erwann. Peut-être André n’avait-il jamais eu aucun soupçon quant à la nature de leurs relations ? Mais elle n’eut pas le temps de développer davantage ses réflexions, Alfonsi s’étant décidé à reprendre le cours de ses révélations, non sans avoir auparavant pris soin d’écraser son mégot dans l’un des nombreux cendriers présents dans le salon, modestes témoignages du défunt marquis qui, pas plus tard encore que la veille, entre ces murs, etc. « Je sais que votre mari ne vous avait jamais fait de confidences au sujet du collectif Burma. C’est lui-même qui me l’a confié, l’une des dernières fois où nous nous sommes vus. Il cherchait en quelque sorte à vous protéger, voyez-vous ! Mais, maintenant qu’il n’est plus là… » La marquise hochait la tête sans bien comprendre où il voulait en venir, avec son air grave, et cette manie qu’il avait de parler en faisant attention de ne jamais dévoiler plus qu’il n’aurait souhaité. Cette histoire de collectif je-ne-sais-quoi était-elle donc sérieuse ? Tout cela avait-il un lien quelconque avec la mort de ce pauvre André ? « Je ne sais trop par quel bout commencer mon exposé, mais une chose est sûre, c’est que ça devrait être assez long… Alors bon, sans vouloir vous déranger, surtout dans des circonstances pareilles, mais… si vous aviez eu quelque chose à boire… »

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3 Réponses to “où les cendres d’une cigarette tiennent une place peut-être démesurée”

  1. Non, pour la marquise, c’est réglé (elle s’envoie en l’air avec Y.E – prononcer yé); ce qui prête plus à débat (outre le choix entre cognac, bourbon ou brandy – Izarra ou Suze – gin ou tonique- parce que c’est bien joli de « boire » quelque chose, mais est-ce de l’alcool que réclame ce goujat – on ne réclame pas on attend la proposition, qu’est-ce que ça veut dire ?) c’est cette cendre de cigarette qui constituera l’un des indices clés dans la suite (car il ne fait pas de doute qu’Alfonsi va se retrouver chaussé au fond de la Seine d’une demi-tonne de béton s’il continue à fourrer son nez où il ne devrait pas) (en même temps, ce que j’en dis, c’est juste pour prévenir) (je n’ai pas encore tout à fait trouvé la place de mon personnage, mais ça va venir)

  2. […] cigarette en attendant qu’elle lui amène un coup à boire, ne se souciant nullement de son innommable goujaterie, trop préoccupé qu’il était par l’absolue et impérative nécessité de rallumer la […]

  3. […] de la présence prolongée de la marquise dans sa cuisine, afin de laborieusement lui préparer un verre de Suze, le privé fouilla ignominieusement dans le sac à main de celle-ci, et découvrit, glissée dans […]

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