où le privé mentionne l’existence d’un mystérieux collectif

Marquise ou pas, sortie ou non à 17 heures, peu importait pour Alfonsi : il fallait qu’il parle, se délivre enfin du poids qui pesait sur sa conscience (une conscience de privé, certes, mais une conscience tout de même). « Sans doute vaut-il mieux commencer par le commencement : toute cette affaire me semble tellement embrouillée… Voilà, votre mari m’a contacté pour la première fois l’année dernière, début juin pour être plus précis. J’avoue que j’ai été surpris par la nature de sa demande. Oh ! rassurez-vous, madame, il n’a nullement été question de vous ou de quelconques écarts de conduite de votre part. Comme je vous le disais tout à l’heure, ma modeste entreprise ne donne pas dans la filature de couple adultérin. Encore une fois, à chacun son domaine! Pour être totalement franc avec vous, je travaille plutôt dans ce que l’on pourrait appeler le recouvrement de fonds : factures impayées, locataires indélicats… Autant dire que j’œuvre dans l’art de la persuasion, voyez-vous. Aussi ai-je été surpris, et peut-être même un peu déstabilisé, lorsque monsieur le marquis m’a annoncé pourquoi il sollicitait mes services. Je le revois encore, assis en face de moi dans mon bureau, l’air grave. Remarquez, il est rare que mes clients soient particulièrement détendus lors de leur première visite, n’est-ce pas ! Bref, votre mari m’a regardé dans les yeux et a commencé d’une voix blanche, vous voyez, un peu monocorde : « Je souhaiterais que vous effectuiez une surveillance discrète mais néanmoins efficace de notre nouvelle domestique, Vanessa, une jeune femme que mon épouse vient d’embaucher suite au départ en retraite de Félicité, une domestique comme on n’en fait plus désormais et que, pour ma part, je regretterai jusqu’à la fin de mes jours. Une autre génération… Mais ne nous écartons pas de notre sujet : au regard du comportement pour le moins particulier de notre nouvelle domestique, et suite à la découverte inopinée de certains courriers qui lui étaient adressées, et que j’ai eu l’occasion d’ouvrir par inadvertance, je voudrais un rapport circonstancié et quotidien de ses déplacements, rencontres et activités diverses, tant pendant ses jours de travail que durant ses congés. Je vous ai apporté un dossier, avec la photo de l’intéressée et divers renseignements susceptibles de vous aider dans votre tâche. » Le marquis, à ce moment-là, a marqué un temps d’arrêt, comme s’il hésitait. Je le revois vraiment comme si c’était hier. Il était là, avec le dossier qu’il avait extrait de son porte-documents. Je sentais bien qu’il voulait ajouter quelque chose, et d’important sûrement, en tout cas quelque chose de vraisemblablement délicat à confier. Vous comprenez, dans notre branche, avec l’expérience, on acquiert comme qui dirait une certaine connaissance de la psychologie humaine, si vous voyez ce que je veux dire ! Alors, bon, il était là à hésiter, je dirais quoi, deux minutes peut-être, pas plus, mais c’est long deux minutes de silence, surtout dans ce genre de circonstances, quand on attend. Comme on dit, hein, le suspens ! Et puis, hop ! le voilà tout à trac qui lâche le morceau, avec comme un léger tremblement dans la voix : « Il semblerait que Vanessa fasse partie du collectif Burma ! » Texto ce qu’il m’a dit ce jour-là. Vous imaginez un peu : Vanessa, membre du collectif Burma… »

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3 Réponses to “où le privé mentionne l’existence d’un mystérieux collectif”

  1. Ouais, c’est ce que je disais : ça se corse…!

    (je connaissais « Objective Burma », (Raoul Walsh, 1945), une merveille avec le très regretté Errol Flynn, mais de « collectif » Burma, point – je regrette de ne connaître ni l’adresse -rue du Fouarre, il me semble…- ni le nom de l’agence de cet Alfonsi recouvreur de créances, mais « Fiat Lux » est déjà pris) (prénom d’Alfonsi : Dominique, dit Doumé) (?)

    (Regardez ce que je trouve, cherchant l’année de réalisation de ce film : LOUIT (Robert) et RABOURDIN (Dominique) : Objectif Burma, entretien avec Léo Malet. In : Magazine Littéraire, 1979 (Décembre), n° 155, p. 52-54. Vous êtes un peu confondu, auteur…!) (je ne suis pas le seul à sur les mots jouer) (ce n’est qu’une parenthèse)

  2. […] au final à l’amère sensation de la plus parfaite invraisemblance « Et dire que c’est moi qui l’ai embauchée ! » se répétait Emma, marquise de la Bôle née Saint Nazère et dont la sortie deux jours plus […]

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