où la marquise rentre chez elle près de sept heures plus tard

La marquise étant sortie à dix-sept heures et rentrée seulement aux environs de minuit, elle fut, dans un premier temps, agréablement surprise de n’apercevoir aucune des traces habituelles laissées par le passage de son époux. Tant dans la cuisine que dans le salon ou la salle à manger, il n’avait laissé traîner aucun de ces mégots mal éteints qu’il abandonnait par dizaines dans les endroits les plus improbables. C’est seulement après s’être démaquillée dans la salle de bains qu’elle commença à s’inquiéter. Il régnait dans toutes les pièces un tel silence. Pas même le son de la radio. Étrange ! Lui qui avait tant de mal à trouver le sommeil écoutait souvent une de ces émissions stupides où la voix grave et ronde d’un animateur caresse l’égo d’auditeurs en détresse. Elle ouvrit doucement la porte de leur chambre afin de ne pas le réveiller. Mais quel ne fut pas son étonnement en actionnant le bouton de sa lampe de chevet: le lit n’était même pas défait ! Personne… N’écoutant que son courage, car forte d’une éducation où la volonté remplaçait avantageusement ce que certains idéalistes osent encore appeler le libre-arbitre, elle sécha les quelques larmes qui venaient de rouler sur ses joues tendues par un affreux rictus, et aussitôt s’enquit dans l’annuaire du numéro du commissariat de quartier, le composant aussitôt qu’elle l’eut trouvé. Chacun se doute bien qu’elle le fit d’une main fébrile.

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3 Réponses to “où la marquise rentre chez elle près de sept heures plus tard”

  1. Le boulevard a aussi à Paris sa rue (plus chiche, c’est vrai). Il surplombe aussi le canal Saint Martin, et va à Bastille (non loin de cette rue Jacques Coeur où officie un libraire que j’aime bien).
    (je me permets d’attirer l’attention sagace de l’auteur sur le fait – peut-être capital – qui suit : il me semble me souvenir que le roman « La Belle de Fontenay » d’un dénommé Jean Bernard Pouy – avec un prénom pareil, la vie ne doit pas être facile, je suppose que ses proches lui donne du Jibé ce qui évoque évidemment d’autres funestes errements historiques mais passons – ce roman, or donc, commence par un trivial « je sortis de la marquise à cinq heures »; il se peut d’ailleurs que ce ne soit pas ce roman-là qui commence ainsi, mais peut-être un autre du même tonneau, sans doute plus philosophique, titré « Spinoza encule Hégel » … ceci dit sans vouloir aucunement offenser ni Marcel, ni la Marquise, ni son défunt mari…)

  2. ah tant mieux… (je pense au papier qu’elle a laissé à son époux tout à coup : elle n’a pas été dans la cuisine, est-ce dans la cuisine ? ah putain je m’y perds déjà… bon courage…!)

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